[Évènement] Journée d’études et rencontres autour des “patrimoines en danger”
Jeudi 12 juin de 14 h à 17 h en hybride
Salle I.1.01 Maison de la Recherche – Université d’Artois
https://univ-artois-fr.zoom.us/j/97969719013?pwd=5aUkbrWwzTk09yND1Pi5ywazj3OiJu.1
ID de réunion : 979 6971 9013
Code secret : 138312
Dans le cadre d’un Visiting Professor à l’université d’Artois, Virginie Magnat, PR en Performance Studies de l’University of British Columbia (Canada) viendra nous présenter son nouveau projet de recherche :
Collaborations Radicales : Pratiques éco-culturelles transformatrices pour la revitalisation et la résurgence collectives
Ce projet de recherche international met en relation la région de l’Okanagan dans l’ouest du Canada, l’archipel d’Hawaï et l’Occitanie pour soutenir et promouvoir la revitalisation linguistique et la résurgence culturelle dans chacun de ces territoires tout en forgeant des alliances transnationales entre trois communautés ayant différentes histoires, valeurs et visions du monde.
« Collaborations radicales » rassemble des artistes et des chercheur.e.s. autochtones et non-autochtones, des Aîné.e.s qui sont les gardien.ne.s de savoirs traditionnels, et des locuteur.e.s de trois langues qui sont en danger d’extinction selon l’UNESCO: le nsyilxcǝn, l’ʻolelo hawaiʻi et l’occitan. Ensemble, nous explorons les techniques de relation vitales émergeant de pratiques éco-culturelles qui permettent aux humains et aux plus-qu’humains de collaborer et qui sont ancrées dans les territoires de ces trois communautés.
Ce projet est subventionné par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada et codirigé par le chercheur autochtone syilx Bill Cohen et sa collègue occitane Virginie Magnat, tous deux professeur.e.s à l’Université de Colombie Britannique, ainsi que la chercheure autochtone hawaïenne Manulani Aluli Meyer, professeure à l’Université de Hawaï.
Nos collaborations sont radicales parce qu’elles offrent des alternatives aux régimes extractivistes, anthropocentriques et (néo)colonialistes de production des savoirs. Le potentiel transformateur des pratiques éco-culturelles de revitalisation et de résurgence collectives est expérimenté au cours d’ateliers-rencontres et de célébrations festives développé.e.s avec l’appui de nos partenaires qui les accueillent, y participent et en bénéficient.
En France, ces partenaires sont le Centre international de recherche et de documentation occitanes (CIRDÒC-Institut occitan de cultura) et le Théâtre des Origines, envisagé par l’artiste-chercheure occitane Perrine Alranq comme un laboratoire d’écologie culturelle qui résiste et échappe à l’engloutissement des formes artistiques par les logiques du monde néolibéral en puisant dans les imaginaires traditionnels occitans et méditerranéens.
Alice Fromenteil, Anthropologue, responsable du centre français du patrimoine culturel immatériel (CFPCI) (sept. 2022 – janv. 2025) proposera ensuite d’articuler son expérience liée au PCI, centrée sur les actions mises en œuvre pour la sauvegarde du PCI, et son sujet d’étude, depuis la thèse, centré sur les arts de la parole en faka’uvea à Wallis (archipel, Polynésie occidentale).
Réflexion sur les enjeux de la fabrique du patrimoine vivant (regard croisé sur deux cas d’étude) : En recréation perpétuelle, le patrimoine culturel immatériel (PCI) est constitutif de la fabrique des mondes par les acteurs qui en héritent et le font vivre. La Convention pour la sauvegarde du PCI, adoptée par l’UNESCO en 2003, a suscité un changement de paradigme dans le champ du patrimoine, historiquement attaché à la reconnaissance et à la conservation par des experts de bien matériel associé à un territoire. L’introduction de cette catégorie invite à considérer la transmission des formes du patrimoine vivant en mouvement perpétuel tout en plaçant au cœur du dispositif le vécu, l’expérience et la participation des « communautés » ou « groupes », détenteurs de patrimoine. Les orientations relatives au développement durable sont devenues une ligne prioritaire des politiques patrimoniales de l’UNESCO. Loin d’être seulement envisagé comme des savoir-faire vulnérables à protéger, le PCI est considéré comme une puissante ressource de résilience dont les communautés peuvent se saisir. Le PCI est susceptible d’être source d’inspiration et d’action pour imaginer et construire l’avenir, en réponse aux enjeux de la durabilité avec lesquels les communautés sont en prises (particulièrement sur le plan social, économique et écologique).
Cette communication propose d’explorer la manière dont les considérations et les enjeux contemporains associés au PCI entrent en résonance avec deux cas d’étude. D’une part, la présentation d’un cursus d’éducation artistique et culturelle (EAC) mené en 2024 au Centre français du PCI, à la Maison des Cultures du Monde, conduira à réfléchir à la façon dont le patrimoine vivant peut être au fondement de l’apprentissage. Les nouveaux cadres promus par l’UNESCO affirment que le PCI est une ressource indispensable pour élaborer des pratiques éducatives en lien avec l’histoire, le vécu et les situations des enseignants et des apprenants, et ce afin de faire sens en contexte. D’autre part, à partir d’une enquête réalisée entre 2012 et 2016 dans le cadre de mes recherches doctorales en anthropologie linguistique, il s’agira de s’intéresser aux caractéristiques de l’art verbal à ‘Uvea (Wallis, Polynésie occidentale). La question de l’oralité répond à des sujets d’actualité questionnant directement l’avenir de la société, de la « coutume » (aga’i fenua), de l’histoire, des langues et des savoir-faire. Le patrimoine vivant est affecté, voire fragilisé, par plusieurs facteurs qui préoccupent les habitants (contexte de crise politique, situation diglossique entre les langues en présence, taux élevé d’échec scolaire, vieillissement de la population, etc.). Les orateurs font des arts de la parole un puissant vecteur rhétorique et émotionnel pour s’approprier leur langue, leur terre et leur histoire.
Suivra une discussion avec Nathalie Gauthard et l’équipe de PATRINVI – Patrimoines invisibles et invisibilisés des Hauts de France et d’ailleurs.

“À la rencontre du patrimoine vivant n°2”, juin 2024 © Aminata Bléas-Sangaré (MCM-CFPCI)
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Jade Cervetti (6 juin 2025). [Évènement] Journée d’études et rencontres autour des “patrimoines en danger” Société française d'Ethnoscénologie (SOFETH). Consulté le 10 août 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/144vk
